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90 ANS Le Comité de propagande créé par Emile Francqui lance un « Appel au pays » en 1927 pour fnancer la création du FNRS. 110 anniversaire des Établissements John Cockerill e er (1 Octobre 1927). «Discours de Seraing» « Le public ne comprend pas assez chez nous que la science pure est la condition indispensable de la science appliquée et que point qu’il a fallu redresser la barre vers le versant de la recherche appliquée en mettant sur pied un « Bureau le sort des nations qui négligent la science et spécial des relations science-industrie » au sein même les savants est marqué pour la décadence. » du FNRS qui fut opérationnel dès juillet 1929. Il n’y avait donc pas de modèle sur lequel le FNRS put appuyer son action, aucun organisme de fnancement de la recherche er er Citation du Roi Albert I lors de son discours de Seraing, le 1 octobre 1927. de calibre national favorisant à ce point la recherche scientifque fondamentale. A la rigueur, le seul précédent étranger auquel on puisse le comparer est le National De la recherche « utile » à la Sans réelle surprise, Emile Francqui réclame et obtient Research Fund américain, créé en 1925, qui se solda par recherche « fondamentale » la présidence du « Comité de propagande » chargé de un fasco et son extinction en 1932. Pour l’anecdote, son concepteur n’était autre qu’une vieille connaissance de Par convention, l’historiographie tient le discours du récolter les fonds d’installation du FNRS Les grandes Francqui, Herbert Hoover, alors Secrétaire d’Etat au Com- roi Albert, prononcé le 1 octobre 1927 à l’occasion entreprises industrielles et bancaires répondent à l’ap- merce. er du 110 anniversaire des Etablissements industriels pel. Trois mois après le début de l’opération, la barre ème Cockerill à Seraing, pour la cause immédiate du démar- des 100 millions de Francs Belges est dépassée (= ca. En quelques années à peine, d’une guerre à l’autre, le rage du FNRS. Et il est vrai que, contrairement à d’autres 72 millions d’Euros). Bien qu’on puisse parler d’engoue- FNRS allait passer du statut d’initiative louable à celui déclarations solennelles, le « discours de Seraing » ment, l’image d’un enthousiasme populaire véhiculé d’une institution indispensable pour le développement de frappe par son élan quasi programmatique et son ton par la presse de l’époque doit être nuancée : 11,7 % la recherche scientifque nationale. Cette métamorphose s’est opérée sur fond de légitimation du système « franc- mobilisateur. La fgure morale du monarque, sa position des donateurs (institutionnels compris) souscrivent pour quiste » dans son ensemble. Ainsi, quand l’Etat manifeste située naturellement au-delà des clivages partisans, 92,2 % du montant total. Quoi qu’il en soit, le FNRS est subitement son intérêt pour la recherche scientifque, au l’imposent comme le relais privilégié d’une cause patrio- offcieusement sur les rails dès le mois de février 1928. Il lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le terrain est tique indiscutable depuis la fn de la guerre : l’essor des faudra attendre le 28 avril 1928 pour sa constitution par déjà balisé. Les pouvoirs publics n’ont plus qu’à avaliser laboratoires scientifques en liaison avec le développe- acte notarié, confrmé par l’Arrêté royal du 2 juin 1928 de fait sinon de droit la structure qu’Emile Francqui a ment économique du pays. La conception retenue dans le reconnaissant comme établissement d’utilité publique conçue à leur insu et, d’une certaine manière, échafau- le discours est celle d’une « science utile, patriotique, (Moniteur Belge, 20 juin 1928). dée contre eux. Ce n’est pas un hasard si le successeur sociale et pacifque » ; elle est explicitement destinée aux Organisé en 24 commissions scientifques, chargées et « fls spirituel » de Francqui, Jean Willems, directeur du bailleurs de fonds potentiels – industriels, commerçants de l’évaluation et de la recommandation des dossiers FNRS et des organismes associés pendant près de qua- et fnanciers. L’orientation qui s’en dégage refète les po- auprès du conseil d’administration, le FNRS s’impose rante ans (1930-1970), se défnissait fèrement comme sitions défendues par Armand Solvay, Dannie Heineman rapidement comme un moteur privilégié pour stimuler la un « agent libre » de toute ingérence de l’Etat. et Emile Francqui que le roi avait pris soin de consulter recherche fondamentale dans les universités. A ce titre, au préalable. Nous verrons que le FNRS, une fois installé, il s’apparente aux rouages de la chaîne institutionnelle déviera quelque peu de cette trajectoire programma- esquissée par Francqui douze ans plus tôt. Le plus frap- Kenneth Bertrams, Professeur à l'ULB tique. En tout état de cause, on peut dire que le climat pant, dans la dynamique mise en place aux premières économique et le contexte politique étaient particulière- heures du FNRS, est le contraste offert avec le discours de ment propices pour initier une campagne publique de Seraing. L’accès est mis sur la pratique de la recherche levée de fonds au proft de la recherche scientifque. scientifque fondamentale, libre et désintéressée. A tel
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